UN AUTRE MONDE — LE CROQUE-MONSIEUR PERDU DE PHILIPPE LEMESLE

Après La loi du marché et En guerre, Stéphane Brizé poursuit sa série du film social dénonçant la machine capitaliste avec Un autre monde, portant un autre regard sur les dérives du système.
Cette fois, c’est à travers les yeux d’un cadre dirigeant complètement perdu et dépassé qui se bat pour sauver ses salariés que l’histoire se raconte.

Cette fois, Vincent Lindon est patron. Il est Philippe Lemesle, le directeur d’un entreprise provinciale rattaché à un groupe mondialisé. Il est le chef de ses employés, il est l’employé des costumes-cravates de Wall Street.
Et lorsqu’il est question de licencier pour répondre à la demande du Dieu Dollars, le responsable sent la décision lui échapper et s’acharne à trouver l’issue la moins défavorable. Quitte à sacrifier sa famille, quitte à entacher son éthique. Efforts vains et colère féroce pour celui qui doit assumer son rôle et faire preuve de « courage ».

Comment éviter de répondre à la demande ? Comment trouver une alternative convenable pour éviter de basculer dans la folie capital(e)?
Philippe Lemesle pourrait bien lui aussi être croqué par le système dont il ne tient finalement aucune ficelle. 

Pour cet homme qui évolue dans un entre-deux et se retrouve pris en étau, on imaginera un sandwich revisité en un croque-monsieur perdu.

Le croque’ perdu :

6 tranches de pain de mie semi-complet
2 tranches de jambon
Un joli morceau de comté affiné
Du beurre demi-sel
Du lait demi-écrémé
2 œufs
Un peu de cerfeuil

Disposez vos tranches de pain et montez votre sandwich : du pain beurré, du jambon, du compté, du pain beurré, du jambon, du comté, du pain beurré.
Plongez vos croque-monsieur dans vos 2 œufs battu détendu avec un peu de lait et jetez-les dans une poêle chaude et généreusement beurrée. Retournez et placez dans un plat, prêt à partir au four pendant une petite dizaine de minutes – 180°C.
Parez vos sandwichs et disposez-les dans une assiettes avec un peu de cerfeuil.
C’est prêt à être dévoré, avalé par le système ou les gourmands.

Stéphane Brizé nous interroge sur notre capacité à obéir à tout, même à l’incohérence. Avec l’exemple d’un dirigeant, on observe les ravages de la pression du travail sur un homme, sur un couple, une famille.
Si le sujet est difficile, la caméra du réalisateur parvient à capturer la délicatesse de quelques rares instants d’accalmie. Rendant alors d’autant plus rude la réalité quasi documentaire de son film. Rêvons donc d’Un autre monde.

🔍 À (re)découvrir : L’entretien de Vincent Lindon pour Sens Critique (10min)

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