THE SHINING — LE PUDDING AU WHISKY DE JACK TORRANCE

Quand l’hiver s’installe pour de bon et que la neige commence à tout figer, on a parfois envie d’un film qui ne cherche pas à réchauffer. Un film qui assume le froid, l’isolement, le silence. Dans ce registre, inutile d’aller chercher l’horreur moderne qui multiplie les effets : The Shining, de Stanley Kubrick, s’impose comme un choix parfait.
Un classique, oui, mais surtout un film qui a redéfini la manière de faire peur sur le grand écran. Pas de surenchère, pas de facilité, juste une lente montée de malaise, diablement maîtrisée. À l’heure où l’horreur contemporaine revient souvent à des peurs intimes et diffuses, Shining rappelle que tout était déjà là, enfoui sous la neige.

À sa sortie, The Shining divise fortement. Beaucoup lui reprochent sa froideur et son éloignement du roman de Stephen King. Le film n’est pas un succès immédiat, et mettra du temps à être reconnu. Aujourd’hui, il est pourtant devenu l’un des films les plus analysés et disséqués de l’histoire du cinéma.

Ce qui frappe, c’est la manière dont Kubrick construit son horreur. L’hôtel Overlook n’est pas une force qui transforme les personnages, mais un espace qui révèle. Son architecture, ses couloirs, ses cadres rigides ne créent pas le mal : ils l’exposent, l’encadrent, l’amplifient visuellement. Tout est affaire de mise en scène, de composition, de répétition.
Le surnaturel est présent, mais jamais central. La peur naît surtout de ce qui était déjà là, à l’intérieur des personnages, et que le film se contente de laisser émerger. Une horreur moins spectaculaire que profondément mentale.

Dans The Shining, Jack Torrance accepte un poste de gardien dans l’hôtel Overlook, perdu dans les montagnes et coupé du monde pendant l’hiver. Il y voit l’occasion parfaite de se reconstruire, d’écrire, de redevenir quelqu’un. Mais l’isolement, l’histoire de l’hôtel et ses propres failles vont peu à peu fissurer cette façade, jusqu’à faire émerger une violence qu’il ne contrôle plus.
Jack est un anti-héros profondément ordinaire. Un écrivain raté, un père frustré, un homme blessé dans son ego. Rien d’un monstre spectaculaire au départ. Sa folie est lente, progressive, presque logique. L’Overlook ne crée pas le mal : il le révèle, il l’alimente, il lui offre un cadre.

Le pudding imbibé de whisky s’impose comme le met de Jack… Un dessert né de pain rassis qu’on tente de sauver. Comme Jack, qui essaie de redonner de la valeur à ce qui est déjà abîmé. L’alcool n’est pas un parfum : il imbibe, il transforme la structure même du plat. Comme l’écrivain isolé, il est familier en surface, dangereux en profondeur.

Revoir The Shining aujourd’hui, c’est se rappeler à quel point Kubrick savait installer un malaise sans jamais forcer le trait. Car le film n’effraie pas frontalement : il obsède. Il s’infiltre. Et il reste.

La performance de Jack Nicholson est évidemment centrale, mais c’est l’ensemble qui marque : la mise en scène millimétrée, le rythme hypnotique, la manière dont le film transforme une histoire de famille en cauchemar glacial. The Shining n’est pas un film confortable, et c’est tant mieux. C’est précisément pour ça qu’il continue de s’imposer comme une référence, et comme un passage obligé pour comprendre ce que l’horreur moderne a appris à faire… en silence.

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