
Difficile d’ignorer le climat géopolitique actuel : tensions durables, récits verrouillés, figures de pouvoir devenues presque abstraites tant elles saturent l’espace médiatique. C’est précisément dans ce contexte que Le Mage du Kremlin, réalisé par Olivier Assayas, trouve une résonance particulière.
Plutôt que de s’attaquer frontalement à une figure centrale déjà surexposée, le film choisit un autre angle : celui de l’ombre. Inspirée du roman de Giuliano Da Empoli, cette fiction s’avère finalement plus parlante qu’un biopic. Elle ne cherche pas à reproduire le réel, mais à en révéler les mécanismes. Ici, le pouvoir ne se donne pas en spectacle : il se chuchote. Assayas déplace le regard vers ceux qui influencent et rappelle que l’Histoire se joue souvent à quelques voix feutrées près.
Avec Le Mage du Kremlin, le réalisateur français poursuit une œuvre marquée par l’observation des mutations contemporaines. De Carlos à L’Heure d’été, de Sils Maria à Personal Shopper, son cinéma s’est toujours intéressé aux zones de transition : entre idéologie et intime, entre système et individu, entre mythe et réalité.
Ici, ce qui fascine Assayas, ce n’est pas tant le pouvoir en lui-même que la manière dont il se raconte. Le film montre comment une nation se fabrique un récit, comment une idéologie se met en scène, comment des mots finissent par devenir des actes. Gouverner, ce n’est pas seulement décider : c’est imposer une histoire crédible et séduisante. Le cinéaste filme cette fabrique narrative avec précision, préférant l’analyse fine à la démonstration spectaculaire.

Dans Le Mage du Kremlin, Vadim apparaît d’abord comme un jeune homme brillant, animé par une foi sincère dans les idées et dans la possibilité d’agir sur le cours de l’Histoire. Il observe son pays changer, se durcir, se réinventer, et se persuade qu’il peut participer à ce nouveau monde en train de se construire. Pas en homme de pouvoir, mais en penseur, en stratège, en voix capable d’orienter le récit.
Pourtant, sa trajectoire repose sur un équilibre fragile. Tout dépend du bon dosage, du bon moment, de la capacité à ne pas trop en faire. La réussite tient à une maîtrise technique invisible, et le moindre excès peut faire retomber ce qui semblait tenir. Ce mouvement aérien, exigeant, où l’on monte sans jamais s’imposer est une recette bien précise… Celle d’un soufflé, façon Vadim.

Le soufflé au fromage et à l’aneth du souffleur
4 oeufs
60g de beurre
60g de farine
40cl de lait chaud
130g de fromage rapé
10g d’aneth pour la note russe
Sel, poivre, muscade
Préchauffez votre four à 180°C.
Dans une casserole, commencez par faire fondre votre beure, ajoutez votre farine, faites un roux. Ajoutez ensuite le lait, et remuez jusqu’à l’obtention d’une béchamel. Assaisonnez à votre gout. Retirez du feu, ajoutez le fromage, remuez et faites fondre. Ajoutez les jaunes d’oeuf un à un, remuez toujours.
Battez vos blancs en neige, incorporez les délicatement à l’appareil. Versez dans des moules à soufflé généreusement beurrés et chemisés.
Au tour 30min au bain marie.
Dégustez à la sortie, avec des soufflés fumant et prêts à vous brulez la langue (ou les ailes), mais toujours bien montés.
Le Mage du Kremlin est un film sérieux et maîtrisé, parfois un peu sage, qui privilégie l’analyse à l’émotion brute. Olivier Assayas y observe avec finesse les mécanismes intellectuels du pouvoir, sans chercher l’effet ni la démonstration.
Le film n’est pas toujours aussi incarné qu’il le pourrait, mais il propose un regard suffisamment précis et contemporain pour nourrir la réflexion. Une œuvre intéressante, plus cérébrale que saisissante, qui intrigue davantage qu’elle ne bouleverse.

À (re)découvrir : Ode à Paul Dano, acteur chouchou, par Allociné pour la présentation du film Le Mage du Kremlin (1min)