GOUROU — LE PAIN EN COCOTTE DE COACH MATT 

Le développement personnel n’a jamais été aussi tendance. Podcasts, masterclass, citations inspirantes sur fond beige, promesses de “meilleure version de soi” à portée de swipe. C’est sur ce terrain ultra-balisé que débarque Gourou, le nouveau film de Yann Gozlan, porté par Pierre Niney.
La campagne de communication du long-métrage est à l’image de son sujet : très maîtrisée, presque hypnotique. Mais une fois le vernis marketing gratté, que reste-t-il vraiment ? Un simple thriller dans l’air du temps, ou une plongée plus dérangeante dans un monde où l’aide devient domination, et où la bienveillance finit par étouffer ?

Avec Gourou, Yann Gozlan poursuit son exploration des zones grises. Depuis Un homme idéal jusqu’à Boîte noire, son cinéma aime disséquer les engrenages, ces moments précis où l’ambition, le désir de reconnaissance ou la croyance personnelle se transforment en piège.
La collaboration avec Pierre Niney trouve ici une nouvelle variation. L’acteur incarne un gourou moderne, lisse, souriant, parfaitement dans son époque. Pas de barbe mystique ni de discours apocalyptique : tout passe par le langage positif, la promesse de révélation intérieure, la conviction que le pouvoir est déjà là, en chacun de nous. Une figure séduisante, presque rassurante, qui rend l’emprise d’autant plus efficace… et d’autant plus dangereuse.

Gourou suit l’ascension de Coach Matt, star du coaching contemporain. Son message est simple, accrocheur, viral : ce que tu veux, c’est ce que tu es. Le pouvoir est en toi, il suffit de le révéler. Matt ne contraint pas, il inspire. Il ne donne pas d’ordres, il libère. Du moins, en apparence. Car cette promesse totale repose sur un équilibre fragile. À mesure que son influence grandit, Matt se retrouve confronté à deux menaces majeures : l’encadrement imminent de sa pratique par la loi, et les mensonges qu’il a lui-même semés pour maintenir son image. La façade commence à se fissurer, la pression monte, et l’édifice menace de s’effondrer.

Pour lui, on imagine un pain en cocotte… Le met du sauveur ! Ici, la cuisson se fait à huis clos, sous pression constante. Tant que la cocotte reste fermée, tout semble maîtrisé. Mais plus la chaleur monte, plus la moindre faille devient irréversible. Et quand le couvercle se soulève, impossible de cacher ce que la pression a révélé.

Gourou fonctionne comme un thriller tendu, porté par un Pierre Niney très investi. Le film capte bien la séduction des discours simplistes et la violence feutrée de l’emprise. Mais il reste parfois à la surface de son sujet.
La doctrine du “quand on veut, on peut” (recyclée de livres mal écrits et mal pensés) est ici exposée sans toujours être pleinement démontée. Le film pointe ses dangers, mais n’explore pas suffisamment les réalités sociales, les environnements et les inégalités qu’elle ignore volontairement. Gourou intrigue, accroche, mais n’ose pas toujours creuser là où ça dérange vraiment. Un thriller qui joue avec une thématique dans l’air du temps qui fait plus office de décor que d’enjeu… et laisse le spectateur dans le pétrin !

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