PLUS FORT QUE MOI (I SWEAR) — LES PETS DE NONNE DE JOHN DAVIDSON

Il y a des films qu’on n’attend pas, et qui arrivent quand même.
Cette saison des prix, tout le monde regardait ailleurs. Les grands noms s’alignaient, les pronostics se précisaient, et puis Plus fort que moi (I Swear) de Kirk Jones a glissé entre les mailles du filet avec la discrétion tranquille de ceux qui n’ont rien à prouver. Résultat : Robert Aramayo a décroché le BAFTA du meilleur acteur face à Timothée Chalamet, Leonardo DiCaprio, Ethan Hawke et Michael B. Jordan. Sans conteste l’une des plus belles surprises de la cérémonie. Et comme si ça ne suffisait pas, il est aussi reparti avec le prix du public. Double mise, jackpot inattendu.Derrière ce sacre, une histoire vraie, un syndrome méconnu, et un acteur qui a tout mis dans le rôle.
De quoi attiser la curiosité, non ?

Kirk Jones signe avec Plus fort que moi (I swear) un film qui s’inscrit dans la grande tradition du cinéma populaire britannique : accessible, pédagogique, capable de mêler observation sociale et tempête émotionnelle sans jamais choisir l’un au détriment de l’autre. Sauf que Jones n’est pas Ken Loach. Là où ce dernier préfère la frontalité du constat, Jones choisit la comédie douce-amère, le regard bienveillant, le souffle du feel-good movie. On pense à Billy Elliot, à The Full Monty, à Tout ou rien de Mike Leigh, à Quartet de Dustin Hoffman : ces films qui prennent la vie là où elle coince et en font quelque chose de lumineux, sans jamais mentir sur la douleur.

Mais Plus fort que moi (I swear) a ceci de particulier qu’il s’attaque à un terrain presque vierge : le syndrome de Gilles de la Tourette, encore largement mal compris, souvent réduit à une image caricaturale de jurons incontrôlables, alors qu’il touche bien plus largement le corps, la voix, les interactions sociales, et cette fatigue sourde qui vient de devoir anticiper en permanence le regard des autres. Un sujet sérieux, traité avec légèreté. Pas si simple à tenir.

Dans les années 1980, John Davidson est un adolescent écossais comme les autres : sportif, sociable, sans histoire. Jusqu’au jour où son corps commence à lui jouer des tours. Des tics d’abord, des spasmes, puis des mots qui surgissent sans qu’il les ait voulus. Entre incompréhension, stigmatisation et détermination, ce qui commence comme un parcours semé d’embûches se transforme progressivement en combat pour être reconnu tel qu’il est. John Davidson, c’est quelqu’un qui déborde. Pas par excès, mais par excès involontaire. Un homme dont le corps dit ce que la tête voudrait taire, et qui apprend, tant bien que mal, à faire avec. À ses côtés, Dotty veille. Joueuse, solide, aimante sans le crier, elle est le contrepoids doux de toutes ses explosions.
C’est précisément ce duo qui a inspiré la recette de la semaine : les pets de nonne. Ces petits beignets qui gonflent, éclatent en bouche et disparaissent avant qu’on ait eu le temps de les retenir, comme un clin d’oeil malicieux aux mots que John ne peut pas ravaler. Mais aussi, dans leur douceur sucrée, leur moelleux réconfortant, un hommage à la tendresse de Dotty : ce quelqu’un qui accueille les éclats sans jamais broncher. Sucrés, imprévisibles, impossibles à bouder.

Plus fort que moi (I Swear) est un bon film. Pas un film-événement, pas une révélation absolue : un bon film qui remplit ce qu’il promet sans forcément aller au-delà.
Ce qu’il réussit, c’est un équilibre délicat. Le récit accompagne John sans l’utiliser, et rend concret ce que beaucoup ne connaissent qu’à travers des caricatures : l’usure nerveuse, la peur d’être vu avant d’être compris, la difficulté à exister sans provoquer une réaction immédiate. Et il le fait avec humour. Pas le rire gêné du début, mais ce rire qui finit par venir naturellement, quand on a appris à se détendre avec John plutôt que contre lui.
On lui reprochera une construction un peu trop bien huilée, quelques scènes qui appuient là où la subtilité aurait suffi. Le film préfère le confort au risque, et ça se sent.

Mais peu importe. Ce qui compte, c’est ce que Plus fort que moi (I swear) dit sur la nécessité de mettre des visages sur des maladies qu’on ne sait pas regarder. Le syndrome de Gilles de la Tourette mérite mieux que ses caricatures. Le vrai John Davidson se bat pour ça depuis des décennies. Que le cinéma s’en empare, avec cette douceur-là, c’est déjà une victoire qui dépasse le cadre du film.

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