
Il y a des films qui arrivent précédés d’un tel vacarme promotionnel qu’ils nous coupent parfois l’envie d’aller les rencontrer au cinéma.
Marty Suprême faisait clairement partie de ceux-là. Campagne massive, tapis rouges (oranges) en cascade, nominations déjà évoquées avant même la sortie, et au centre de tout : Timothée Chalamet, superstar générationnelle dont l’assurance médiatique frôle parfois l’arrogance. Autant dire que les red flags clignotaient plus fort qu’un tableau de score en finale. On se préparait donc à un film “important”. À un objet calibré pour la statuette. À une performance un peu trop consciente d’elle-même. Bref, au service parfait, mais sans échange.
Et pourtant. Dès les premières minutes, le doute change de camp. Le battage retombe, le cinéma prend la main. Ce qui aurait pu être une démonstration devient une immersion. Ce qui sentait la stratégie ressemble soudain à une vision. Oui, on peut le dire sans trembler : on est face à une œuvre majeure.
Une œuvre qui dépasse son propre hype, qui renverse les pronostics et transforme l’attente en adhésion. La suite ? Elle mérite qu’on s’y attarde.
On connaissait Josh Safdie en duo avec son frère Benny. Ensemble, ils signaient Good Time (nerveux, déjà très maîtrisé) puis l’électrochoc Uncut Gems, bijou d’anxiété contemporaine.
Se lancer en solo après ça ? C’était quitte ou double. Avec Marty Suprême, Josh Safdie tente un biopic-thriller consacré à un prodige du tennis de table dans le New York des années 50. Sur le papier, on aurait pu sourire. À l’écran, c’est carrément dément.
La mise en scène s’inspire des plus grands (oui, l’ombre de Martin Scorsese plane parfois au-dessus de cette trajectoire ascendante faite d’excès et de chute possible). Mais Safdie ne copie pas. Il absorbe. Il digère. Il accélère.
Le montage est frénétique. Haletant. Les séquences s’enchaînent comme des échanges sous pression : pas le temps de respirer, encore moins de souffler. On est happé dans le rythme intérieur du personnage. Une tension presque organique. Le New York recréé, vibrant, nerveux, devient une arène. Le film ne se contente pas de raconter une ascension : il la fait vivre, pulsation après pulsation.

Marty Mauser est un prodige du ping-pong. Mais surtout, Marty Mauser veut être le meilleur.
Arrogant. Impulsif. Sanguin. Toujours à la limite. Il joue comme il vit : vite, fort, sans recul. Il provoque, il défie, il se met en danger… puis il retourne la situation à son avantage. Car Marty a un talent rare : transformer le déséquilibre en opportunité. Une balle mal engagée ? Il la récupère. Un adversaire plus solide ? Il l’épuise. Une situation compromise ? Il la renverse. Et s’il faut aller plus loin, il y va. Voler, mentir, tricher. Le film ne l’édulcore pas. Marty avance avec un seul objectif : sa destinée. Le titre. La reconnaissance. Le sommet. Le reste n’est que décor. Même les balles orange qu’il affectionne semblent refléter cette énergie brûlante, prête à exploser.
Pour le jeune athlète et ses balles colorées, on imaginera alors un gâteau renversé à l’orange sanguine. Un dessert individuel, centré sur lui-même. Des tranches d’orange sanguine éclatantes en surface pour la couleur, l’intensité, l’impulsivité. Et surtout, un gâteau qu’il faut retourner pour révéler sa beauté. Il avance à l’envers des règles, renverse les situations, retourne les rapports de force. Ce qui semblait perdu devient son terrain de jeu. Ce qui semblait stable bascule en sa faveur. Un dessert un peu acide, résolument flamboyant. Exactement à son image.

Le gateau renversé à l’orange sanguine de Marty
Pour les oranges confites :
2 oranges sanguines / 180g de sucre / 10cl d’eau
Pour l’appareil à gâteau :
2 œufs / 90g de beurre fondu / Le zeste d’une orange / 100g de farine / 10g de levure chimique /50g de poudre d’amande / 30g de jus d’orange
Commencez par faire vos oranges confites.
Rincez les oranges, retirez les extrémités et coupez-les en tranches d’environ 0,5 cm. Faites chauffer 180 g de sucre avec 10 cl d’eau dans une poêle ; lorsque le sirop frémit, ajoutez les tranches et laissez confire environ 20 minutes en les gardant intactes, puis laissez refroidir.
Dans un bol, fouettez les œufs avec 120 g de sucre jusqu’à ce que le mélange blanchisse, ajoutez le beurre fondu et le zeste d’orange, puis incorporez la farine, la levure et la poudre d’amande. Versez les 30 g de jus d’orange dans la pâte et mélangez.
Préchauffez le four à 170 °C, huilez 8 moules individuels et chemisez le fond de papier cuisson, disposez une tranche d’orange dans le fond de chaque cavité, recouvrez avec l’appareil et enfournez 35 minutes. Démoulez encore chaud en retournant : les oranges apparaissent, brillantes, sanguines… le genre de renversement que Marty apprécierait.
Marty Supreme est fantastique. La réalisation de Josh Safdie est d’une maîtrise impressionnante. L’énergie ne retombe jamais, la tension ne se dilue pas. Le film tient son rythme, impose sa cadence et finit par nous embarquer complètement. Et puis il y a Timothée Chalamet. Habité. Électrique. Irritant parfois (et c’est précisément ce qu’on attend). Il rend Marty brillant et insupportable, fascinant et inquiétant. Il joue la fièvre, l’ego, la fragilité dissimulée sous la bravade. Il ne cherche pas à se rendre aimable. Il joue pour gagner. Et ça fonctionne. Le tennis de table n’a jamais semblé aussi palpitant et cinématographique. Le film réussit l’exploit de transformer un sport souvent perçu comme secondaire en arène dramatique majeure.
Grandiose !

À (re)découvrir : Scène de jeu intense de Marty Supreme (2min)