THE BRIDE! — LA PAVLOVA BAIE DE TIMUT ET CERISES AMARENA DE LA FIANCÉE 

Dans un monde qui semble de plus en plus épouvantable, les films qui mettent à l’honneur les monstres reviennent régulièrement frapper à la porte du cinéma, comme pour nous rappeler que la frontière entre la créature et celui qui le regarde n’a jamais été très nette. Parmi eux, impossible d’ignorer l’ombre gigantesque de Frankenstein, mythe rapiécé à l’infini depuis plus d’un siècle. Avec The Bride!Maggie Gyllenhaal s’attaque à son tour à la créature et surtout à sa promise, figure aussi iconique qu’énigmatique du cinéma fantastique.

Le film était attendu comme une expérience un peu folle. Une relecture féministe et gothique du mythe, annoncée comme un cocktail improbable entre polar des années 30, film d’horreur électrique. Un mélange de genres cousu à la manière d’un laboratoire clandestin, avec la promesse de nous conter une histoire sacrément dangereuse : une histoire d’amour.
Reste la question fatidique, celle qu’on murmure toujours devant une table d’expérimentation encore fumante. Est ce que la greffe prend ?

Depuis Mary Shelley, l’histoire de Frankenstein revient régulièrement frapper aux portes du cinéma. Et presque à chaque fois avec la même question au bout du scalpel. Qui est vraiment le monstre ? La créature bricolée dans l’ombre d’un laboratoire ou la société qui la rejette aussitôt sortie de sa table d’opération ?

Avec The Bride!, Maggie Gyllenhaal choisit de déplacer le projecteur vers la fiancée. Celle qui, dans La Fiancée de Frankenstein, n’était qu’une apparition électrique, quelques mèches dressées et un cri avant la fuite. Ici, elle devient le cœur battant du récit. Une créature ressuscitée qui parle, pense et surtout refuse d’être la compagne docile qu’on a fabriquée pour elle.

Pour raconter cette émancipation, la réalisatrice assemble les genres comme un savant un peu trop enthousiaste. Film noir poisseux, polar à la Bonnie and Clyde, romance monstrueuse, éclats de musical hollywoodien… les influences s’empilent dans un laboratoire visuel assez baroque. Au milieu de tout ça, deux performances attirent l’œil. Christian Bale en monstre mélancolique, étonnamment fragile sous ses cicatrices. Et Jessie Buckley en Bride déchaînée, qui joue la créature comme une tempête nerveuse, excessive. Une interprétation qui colle à l’esprit anarchique du film, mais qui participe aussi à cette impression générale de chaos rafistolé.

Dans le Chicago des années 30, le monstre de Frankenstein supplie qu’on lui fabrique une compagne. Une scientifique exhume alors le corps d’une jeune femme assassinée, Ida, et lui redonne vie. Mais la fiancée attendue refuse d’entrer dans le rôle qu’on lui a cousu sur le corps. Très vite, la créature prend la tangente et transforme cette histoire d’amour programmée en cavale imprévisible.
Ida, Penelope, puis simplement la Bride. Un personnage qui change de nom comme on change de peau. Fragile dans son existence toute neuve, mais traversée d’une énergie imprévisible. Elle est une promesse qu’on croyait docile et qui se révèle beaucoup plus sauvage.

C’est exactement l’esprit de la pavlova. Une architecture blanche, presque immaculée, qui évoque la pureté d’une fiancée parfaite. Mais sous la meringue se cachent des notes plus sombres. Les cerises amarena apportent leur rouge gothique, le timut une pointe étrange et électrique. Comme la Bride, le dessert paraît délicat… jusqu’au moment où la structure se craquelle et révèle un caractère bien moins sage que prévu.

Le paradoxe de The Bride! de Maggie Gyllenhaal, c’est qu’il finit par ressembler à ce qu’il raconte. Une créature fascinante sur le papier, assemblée à partir de morceaux prometteurs… mais dont les coutures restent parfois un peu trop visibles.
Maggie Gyllenhaal empile les idées, les styles, les références. Film noir, satire sociale, romance monstrueuse, manifeste féministe. Le problème n’est pas l’ambition, mais la façon dont tout cela cohabite. Comme dans un laboratoire trop chargé, les concepts s’entrechoquent et le récit peine à trouver une direction vraiment claire.
Le film revendique un regard féministe sur le mythe, et l’intention est louable. Mais le propos reste souvent démonstratif, presque théorique. Les personnages, eux, n’ont pas toujours l’espace nécessaire pour porter ces idées, ce qui donne parfois l’impression d’un discours posé sur l’histoire plutôt que réellement incarné. Résultat, The Bride! intrigue, surprend, agace. Une créature de cinéma qui bouillonne d’envies et d’idées, mais qui peine à transformer cette énergie en véritable souffle narratif.

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