DIX POUR CENT — LES POPCORN VINAIGRE POIVRE NOIR D’ANDRÉA MARTEL

Il y a des rentrées douces et des rentrées savamment rythmées. Celle-ci appartient clairement à la seconde catégorie : l’agenda déborde, les mails s’empilent, et les séances de 20h ont cette fâcheuse tendance à se transformer en séances de canapé, vers 21h30. Alors en attendant le retour du grand écran (quelques jours), j’ai répondu à l’invitation de Netflix. Cette semaine, c’est un retour attendu par une armée entière de fans qui a débarqué sur la plateforme : Dix pour cent, le film, réalisé par Emilie Noblet.
Pendant quatre saisons, la série éponyme s’est installée dans le salon des Français pour croquer, avec un sens aigu du ridicule et une vraie tendresse, les coulisses d’une agence artistique parisienne à bout de souffle. Des agents sur les nerfs, escortés par de vraies stars jouant leur propre rôle poussé jusqu’à la caricature, façon miroir tendu (et légèrement déformant) au cinéma français lui-même. Le succès fut total, les larmes ont coulé à l’annonce de l’arrêt, et l’idée d’un grand retour sur grand écran promettait de refermer la boucle en beauté. Petit bijou retrouvé ou grande occasion manquée ?

Transformer une série culte en long métrage a toujours des allures de pari. Le grand écran offre en théorie tout : budget plus confortable, table rase du calendrier de diffusion, liberté de resserrer l’intrigue en deux heures franches. Rares sont ceux qui transforment l’essai. Aux derniers exemples, l’exercice semblaient bien trop périlleux pour oser s’y risquait (il faut l’avoue Kaamelott, Downtown Abbey et les autres). Du côté de Dix pour cent, les ingrédients semblent réunis pour rejoindre ce club fermé (utopique ?) des heureuses transpositions. On retrouve toute la bande, cinq ans après la fermeture de l’agence ASK, chacun ayant tracé sa route entre-temps : Andréa est passée de l’autre côté de la caméra, Noémie dirige une production télé, Hervé est devenu acteur. Le scénario, toujours signé par la créatrice de la série, prend soin d’installer cette évolution avant de relancer la mécanique bien huilée des castings impossibles et des egos à ménager. Reste une question qui plane sur tout le projet, réalisé par Emilie Noblet : le costume télévisuel, taillé sur mesure pendant quatre saisons, tient-il encore la route une fois resserré dans un format de deux heures ? Rien n’est moins sûr.

Cinq ans après la fermeture d’ASK, Andréa a troqué son rôle d’agente pour celui de réalisatrice. Son premier long métrage tourne pourtant très vite à l’inventaire des catastrophes : acteur principal qui se défile, producteur qui claque la porte, pluie qui s’invite sur le plateau sans avoir été conviée. Face au chaos, Andréa reste égale à elle-même : frontale, cassante quand il le faut, incapable de mâcher ses mots même quand la diplomatie serait plus confortable.

Pour elle, comme pour le film qui l’accompagne, on imaginera un bol de popcorn au vinaigre et au poivre noir. Le popcorn pour l’ingrédient ciné qu’on avale sans faire attention. Par poignée, machinalement, mais sans intérêt profond. Le vinaigre, lui, rappelle ce tournage qui prend l’eau de toutes parts, et les tours de moulin à poivre, ce caractère fort qui ne s’excuse jamais.

Sur le papier, tout devait fonctionner. L’écriture garde son mordant, les dialogues conservent leur nervosité coutumière, et les habitués d’ASK retrouvent leurs tics avec un plaisir presque immédiat, celui des retrouvailles où l’on n’a même pas besoin de se réexpliquer qui on est. Laure Calamy, en particulier, continue de faire de Noémie un numéro d’équilibriste entre exubérance et fragilité, sans doute la meilleure carte du jeu.
Le problème se loge ailleurs, dans cette sensation tenace de regarder un épisode qui refuse obstinément de s’arrêter. L’intrigue avance par à-coups, s’appuie beaucoup sur la nostalgie et de fan-service, et peine à trouver un souffle. Sur le papier, tout devait fonctionner, sur l’écran on s’étonne à patienter pour le générique.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *