
Milieu d’été, on y est : le blockbuster super-héroïque de l’année sort en salles. Il y a ceux qui attendent ce nouvel opus avec une impatience sans nom, quitte à s’être refait la dernière trilogie Spider-Man, voire l’intégralité du catalogue Marvel en guise d’échauffement. Il y a ceux qui y vont surtout pour la climatisation et la bonne action estivale du couple : accepter de poser une soirée dans une salle qu’on n’attendait pas vraiment, mais qui tente bien le conjoint. La vie et ses compromis.
Il faut avouer que ce quatrième volet démarre avec des scores de box-office complètement fous, complètement déments, et ce alors que le Marvel Cinematic Universe traîne depuis quelques années une certaine lassitude super-héroïque. Après l’orgie de nostalgie de No Way Home, la Multiverse Saga tourne un peu en rond, et il y a urgence à retisser quelque chose de solide avant le grand raout choral d’Avengers : Doomsday, attendu dans moins de cinq mois. Brand New Day arrive donc avec la lourde tâche de recoller les fils avant l’épisode final. Mais un carton en salles et un casting sympathique suffisent-ils à faire d’un film un bon film ?
Revenons un instant sur la trilogie Spider-Man version Tom Holland. Aussi attachant soit son interprète, cela n’efface pas la pauvreté relative des enjeux accordés au personnage, coincé entre fan service et gestion de calendrier Marvel. Bref, pas franchement mon truc. Et pourtant, il fallait bien tenter l’expérience de ce quatrième film. Nouvelle équipe aux commandes : exit Jon Watts, place à Destin Daniel Cretton, venu du cinéma indépendant avant de faire ses preuves avec Shang-Chi. Sur le papier, on y croit un peu plus : le monsieur a le sens du geste et de l’intime, deux qualités qui manquaient cruellement à un tisseur jusque-là surtout doué pour enchaîner les punchlines.
L’histoire reprend quatre ans après les événements de No Way Home. Le sort de Doctor Strange a effacé Peter Parker de la mémoire de ses proches, MJ et Ned en tête, et le voilà réduit au rang de simple spectateur de leur vie, à distance respectable, en mode follower fantôme. Justicier solitaire, il comble le vide en enchaînant les patrouilles nocturnes, jusqu’à ce qu’une mutation étrange commence à s’immiscer sous sa peau : des filaments de toile organique jaillissent de ses poignets sans prévenir, ses sens s’affolent, son regard s’assombrit. Une phrase du film résume assez bien l’enjeu : et si l’on tentait de faire taire quelque chose qui, justement, a besoin de s’exprimer ? La question résonne avec l’ADN arachnide de Peter, certes, mais aussi avec un MCU qui a longtemps lissé ses aspérités pour mieux rentrer dans le rang.
Peter croise la route d’un Punisher revigoré façon grand frère bourru, et est épaulé dans cette traversée par Damage Control, alias DC pour les intimes pour arrêter un télépathe dangereux qui pourrait bien s’avérer plus complexe qu’il n’y parait.

Spider-Man : Brand New Day retrouve donc un Peter Parker oublié de tous, hanté par son deuil amoureux et sa solitude, tandis qu’une mutation incontrôlable menace de le dévorer de l’intérieur. Sous le masque, l’adolescent maladroit affronte désormais des responsabilités bien plus lourdes, sans perdre tout à fait sa maladresse ni sa malice.
Un peu comme lui, le mozzarella stick cache sous son enrobage croustillant une identité qui déborde largement le cadre. Sous les filaments dorés d’une panure bien tissée se découvre un cœur cheesy, prêt à filer comme une toile dès la première bouchée. On parfait le tout d’une chili oil rouge un brin sournoise, histoire de rappeler que la mutation, ça pique aussi un peu. C’est une affaire de métamorphose, un clin d’œil cocon arachnide assumé : aussi croustillant soit l’enrobage, il n’empêche pas le socle industriel et un peu mièvre.

Les mozzarella sticks de Peter
recette à venir
On referme Spider-Man : Brand New Day relativement satisfait, et c’est déjà beaucoup. On retrouve les personnages avec plaisir, on les regarde grandir sans grimacer, et les scènes d’action tissent enfin une géographie lisible, portée par une vraie verticalité qu’on avait fini par oublier. Un joli pas en avant comparé aux trois précédents épisodes, qui avaient fini par patiner sérieusement.
Mais mais mais… Ce dernier Marvel ne s’annonce pas pour autant comme un chef-d’oeuvre du grand écran. Reste que le scénario garde ses vieux réflexes : il s’étire, avance parfois à plat, et la durée se fait sentir. Un joli exercice marketing qui ne survivra pas à mon année ciné. Je ne vais pas bouder mon plaisir de retrouver d’autres films en salle cet été, histoire de changer d’air.

À (re)découvrir : Le cast et sa connaissance de l’univers Spider-Man (13min)