
L’été s’installe avec sa énième canicule (comme si la précédente n’avait pas suffi). Entre le péplum grandiose de Christopher Nolan et les blockbusters Marvel qui carburent à l’air conditionné, on pourrait croire que le grand écran ne propose plus que du chaud sur du chaud. Erreur. Il reste quelques options plus fraîches et plus légères à découvrir dans les salles sombres. Parmi elle : De la Comédie Française, signé par Martin Darondeau et Bertrand Usclat, les orfèvres discrets de Broute, s’annonce comme la comédie française de l’été, si ce n’est de l’année tout entière.
Un film qui donne furieusement envie d’aller au théâtre. Et, tant qu’à faire, de se glisser dans les coulisses de cette grande institution nationale. De la Comédie Française, donc, au sens propre comme au figuré.
Ce n’est pas la première fois que le théâtre s’invite au cinéma. Yannick et Le Dernier Métro me reviennent immédiatement en mémoire. Avec une façon bien différente de faire de ce lieu un décor voir un personnage de leur histoire. Autant dire le plaisir d’élargir cette sélection personnelle (et réduite) avec un genre totalement différent : une comédie jouissive, qui ne cherche jamais à donner de leçon.
De la Comédie Française n’est pas né dans le calme feutré d’un bureau de production. Le projet a d’abord existé comme une envie de série courte, avant de se transformer, en quelques mois à peine, en long-métrage à boucler dans l’urgence. Trois semaines de tournage, en pleine période de travaux à la Comédie Française elle-même : un compte à rebours bien réel, qui n’a rien à envier à celui que vit son personnage principal à l’écran.
Autre pied de nez malicieux : les acteurs de la Maison de Molière y jouent, pour beaucoup, des versions quelque peu déformées d’eux-mêmes, dans leurs propres murs, sous leur propre lustre. Une mise en abyme qui aurait pu sombrer dans l’entre-soi, mais qui préfère l’auto-dérision à la révérence. On pense à Feydeau croisant les Marx Brothers dans un couloir de la salle Richelieu : ambiance vaudeville, portes qui claquent, egos qui se télescopent, et une troupe qui apprend, sous nos yeux, à jouer collectif.

Nina, jeune pensionnaire De la Comédie Française, a trois heures pour boucler sa première mise en scène : un Macbeth où plus rien ne va ; entre badge perdu, actrice principale coincée à l’autre bout de la France et une armée d’egos à canaliser. La voilà elle-même contrainte de monter sur scène en Lady Macbeth, à deux doigts de vaciller sous la pression du direct.
De quoi inspirer un dessert à son image : celle d’une metteuse en scène qui débute, encore un peu tremblante mais décidée à tenir jusqu’au baisser de rideau. Pour Nina, on imaginera une tartelette surmontée d’une poire pochée, clin d’œil à celle qu’on prend un peu trop souvent pour une gentille novice et hommage discret à Shakes-pear-e. Pour couronner le tout, quelques paillettes d’or et un insert chocolat praliné gourmand, parce qu’au théâtre comme en cuisine, il s’agit aussi d’en mettre plein la vue.

La tarte poire pochée de Nina
recette inspirée par celle de Tiphaine – à retrouver sur son blog
Une comédie réussie n’a jamais besoin de s’éterniser, et De la Comédie Française l’a visiblement bien compris : 1h15 de rythme soutenu, sans temps mort ni scène de trop. Ça file, ça embarque, ça fonctionne, tout simplement !
Certes, le scénario ne réserve pas toujours de grandes surprises. On devine assez tôt où le compte à rebours va nous mener, et les ficelles, se voient parfois à l’œil nu. Mais la magie opère quand même, portée par une troupe visiblement ravie de se moquer d’elle-même : Laurent Stocker en mari trompé aussi ridicule qu’attachant, Guillaume Gallienne impeccable le temps d’un caméo, Christian Hecq en régisseur qui s’improvise metteur en scène malgré lui, sans oublier Julien Frison et Marina Hands, qui complètent une distribution où chacun semble avoir mesuré la dose exacte de folie à apporter. Au centre de ce joyeux capharnaüm, Pauline Clément confirme, scène après scène, qu’elle est bien plus qu’une révélation de passage. Sa fausse candeur, ses silences qui en disent long, sa capacité à faire naître le rire d’un simple regard en coin : on retrouve chez elle l’héritage précieux de Broute, ce sens aigu du détail qui tue sans jamais appuyer.
Il ne reste plus qu’à poursuivre la séance d’une représentation en salle Richelieu. Parce que pourquoi pas !

À (re)découvrir : Les réalisateurs au micro de France Télévision pour parler De la Comédie Française (1m30)