PARASITE — LA SALADE DE BETTERAVE ET DE SAUMON DE LA MAISON PARK

Avec Parasite, la Palme d’Or 2019 pose les bases : Bong Joon-ho est un génie, un architecte cinématographique capable de bâtir un véritable chef-d’œuvre :

Le réalisateur coréen a le sens du suspens et s’assure que le synopsis et les surprises du scénario resteront inconnues aux spectateurs avant qu’ils ne soit face à sa séance. Car l’intrigante aventure qui les attend assure d’être sans pareil, savamment mystérieuse, surement surprenante !

Ce que j’en dis ? L’histoire des deux familles réunies dans une demeure démesurée promet des tournants terribles. Entre les Ki-taek qui vivent comme des cafards et les Park qui s’élèvent bien au-dessus de la plèbe et de toute décence, les frictions sont fracassantes.
En un peu plus de 2 heures, Bong Joon-ho nous fait visiter la comédie, nous propose une échappée burlesque, n’oublie pas de nous amener vers le drame avant de nous enfermer dans un film d’horreur ; c’est un nouveau registre à chaque étage et une lutte des classes à tous les niveaux.
Parasite offre une vue imprenable sur une société en souffrance en mettant les inégalités en lumière. Gare à l’ascenseur social en panne, aux trainées de boues et aux averses de terreur. La colocation du chaos et de la dérision assure un film sous hautes tensions.

Deux familles… et une maison d’architecte, véritable théâtre de l’action. Elle cache ses atouts et ses vices comme aucun autre personnage, de ses fondations jusqu’au plafond (de verre).

La salade graphique et colorée qui mêle les mensonges et les genres :

2 betteraves cuites – légendaire légume racine, idéal pour les fondations qui sauront refaire surface et tâcher les autres composants.
1 pêche jaune – le joli fruit défendu.
Quelques émincés de saumon fumé au sésame et au pavot – oh l’animal qui tente (désespérément) de remonter le courant !
Quelques radis – note avenante et odorante.
De la vinaigrette à l’oseille – pour l’amertume de l’argent qui constitue bien le liant de l’ensemble des éléments.

Détaillez les betteraves en bâtonnets pour structurer votre salade, détachez quelques quartiers de pêches pour adoucir, les émincés de saumons, les fines lamelles de radis et terminez en ajoutant la vinaigrette.
C’est un assemblage complexe et précis qui laisse les ingrédients se rencontrer petit à petit.

Bong Joon-ho a pris ses quartiers au cœur de la Croisette pour proposer un film déjà culte !
La cruauté du quotidien coréen s’est installée dans ce face à face phénoménal et moi je n’ai de cesse de repenser aux plans de ce monument. Oui, Parasite est une Palme d’Or parfaitement décernée.

A (re)découvrir : « Bong Joon-ho au plus haut – invité d’Augustin Trapenard dans Boomerang » (33min)

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