
Le diptyque épique 2026 du cinéma français est désormais complet, La Bataille de Gaulle : J’écris ton nom est arrivé dans les salles obscures (et climatisées). Après L’Âge de fer, qui jonglait entre l’épique, le burlesque et la BD comme on jongle avec des couteaux, on attendait la suite avec une curiosité légèrement inquiète. Allait-on retrouver le même funambulisme, cette manière de filmer De Gaulle comme un Don Quichotte tour à tour grotesque et habité ? La réponse, en fait, est non – et c’est tout l’intérêt de la chose. J’écris ton nom change de nature. Le métal brut du premier volet a fini de chauffer ; il se forge maintenant en quelque chose de plus net, de plus assumé.
Antonin Baudry resserre les boulons de sa fresque et choisit l’élan plutôt que l’éclatement. Moins de digressions, moins de ruptures de ton, mais davantage de souffle, de lyrisme, et une émotion qui ne se cache plus derrière l’ironie. Le réalisateur prend ici des partis pris francs (politiques autant que romanesques) qui donnent à ce second volet une cohérence que le premier n’avait pas autant, ou pas voulu avoir. Pour qui a suivi L’Âge de fer, le contraste est immédiat. Pour les autres, J’écris ton nom fonctionne aussi très bien tout seul : c’est le morceau qui clôt l’épopée filmique de l’année, et qui a visiblement décidé d’y aller franchement.
Comme dans Le Chant du Loup, Antonin Baudry reste fidèle à son obsession : ce ne sont pas les champs de bataille qui font basculer l’Histoire, mais les bureaux, les couloirs, les coups de fil. Même à l’échelle d’un Débarquement, le cinéaste continue de filmer des duos, des apartés, des décisions arrachées à deux ou trois dans une pièce fermée ; une guerre d’alcôves plutôt qu’une guerre de tranchées.
Le film s’appuie sur l’ouvrage de l’historien britannique Julian T. Jackson, De Gaulle : une certaine idée de la France, et cet ancrage se sent : on raconte ici l’Histoire à travers ses figures. De Gaulle bien sûr, mais aussi Leclerc en Libye, Jean Moulin tissant la Résistance depuis l’ombre, sans jamais perdre de vue la ferveur anonyme qui, en coulisses, a permis tout le reste. C’est un film qui donne du souffle, qui fait du bien à un paysage cinématographique français parfois trop sage. Il y a l’action, la stratégie, et une émotion sincère, parce que l’obsession de la liberté, quand elle est filmée avec ce soin, ça reste profondément émouvant, même quand on en connaît déjà la fin.

1943. De Gaulle n’est plus seul, mais plus que jamais sur la sellette : Roosevelt veut l’évincer au profit du général Giraud, jugé plus docile. De la Libye à Alger, de Londres à Paris, le film suit la reconquête d’une légitimité qu’on cherche à lui retirer.
Ici, le grande asperge militaire n’a aucune intention de se laisser faire. Elle plie, louvoie, encaisse, mais retourne toujours la situation en sa faveur, façon française, façon tatin : ce qui devait l’écraser finit renversé, sens dessus dessous, à son avantage. Pour De Gaulle, on imaginera cette fois une tatin d’asperges : un classique qu’on croit connaître, retourné au dernier moment pour révéler tout son panache.

La tatin d’asperge du Général
Une douzaine d’asperges blanches (devenues rare sur les étales)
Une page feuilletée pour toutes les strates du pouvoir
Une demi buche de chèvre
Du bleu et du (piment) rouge pour compléter le drapeau
De l’huile d’olive et du miel
Commencez par nettoyer, peler et cuire vos asperges blanches avant de les jeter dans une grande casserole. Une fois colorées, coupez les en deux dans la longueur. Dans un moule à tarte, versez de l’huile d’olive et du miel, déposez vos asperges faces plates sur le fond du moule et recouvrez le totalement. Ajoutez des morceaux de chèvre puis la pâte feuilletée. Piquez avant d’enfourner 30min dans un four préchauffé à 200°C.
Sortez du four, retournez la situation et déposez quelques morceau de bleu et quelques piments. Plus qu’à déguster.
La Bataille De Gaulle : J’écris ton nom referme le diptyque avec davantage de cohérence que son aîné (très apprécié) et un peu moins de prise de risque. Le film troque le funambulisme du premier volet pour un récit plus lisse, plus consensuel, où chaque grand homme s’illumine au bon moment pour faire avancer l’Histoire. C’est efficace, parfois même bouleversant, mais ce qu’on gagne en élan, on le perd en aspérités.
La réserve la plus gênante touche le traitement des troupes coloniales : les soldats africains qui se battent aux côtés de Leclerc restent une masse silencieuse, sans visage ni parole, simples figurants d’une Histoire qu’on écrit pour eux. Le film évoque bien le retrait des tirailleurs sénégalais avant le Débarquement, mais en évacuant un peu vite la responsabilité française dans cette décision. Une zone d’ombre que la mise en scène, par ailleurs si soucieuse de redonner chair à ses figures, choisit étrangement de ne pas éclairer.
Reste un film qui sait où il va, porté par un Abkarian toujours impeccable, et qui referme La Bataille de Gaulle sur une note de panache largement méritée.

À (re)découvrir : Paul Eluard, J’écris ton nom (4min)