TOY STORY 5 — LES COWGIRL COOKIES DE JESSIE

Comme beaucoup, j’ai grandi avec la saga Toy Story. Fan absolue de Woody dès la première heure, sous le charme de l’accent espagnol de Buzz (oui, celui-là), émue par l’enthousiasme increvable de Jessie, hilare devant les joutes verbales de Bayonne et Rex, en admiration totale devant l’inventivité et l’amitié de cette bande de jouets ; j’avais une certaine impatience à l’idée de les retrouver pour un cinquième opus, 31 ans après le tout premier western de salon.
Mais une suite de suite de suite de… est-ce bien nécessaire ? On ne va pas se mentir : chaque nouvelle annonce d’un Toy Story supplémentaire suscite son lot de grimaces et de soupirs résignés, et je n’ai pas fait exception. Le studio Pixar, capable de nous éblouir comme de nous laisser de marbre selon l’humeur du jour, peut-il vraiment dégainer une nouvelle fois sans se tirer une balle dans le pied ? Et avec Andrew Stanton à la barre (à qui on doit Le Monde de Nemo ou encore Wall-E) , est-ce une promesse de réussite assurée ?
C’est ce qu’on va voir ici, nom d’un cow-boy !

Pour comprendre où on en est, un petit retour en selle s’impose. La saga a longtemps galopé aux côtés d’Andy, son premier propriétaire, avant de passer le lasso à la petite Bonnie – un passage de relais aussi naturel que déchirant, qui a permis à la franchise de ne pas finir à la casse après le très beau (et très définitif) troisième volet. Depuis, Toy Story se réinvente à chaque sortie de l’écurie : nouveaux personnages, nouvelles intrigues, et surtout, une manière bien à elle de coller aux angoisses de son époque sans jamais perdre son flegme de cow-boy.
Pour ce nouvel épisode, c’est la technologie qui s’invite au saloon. Bonnie a du mal à se faire des amies, ses petites camarades préfèrent leurs tablettes aux poupées, et ses parents lui offrent Lilypad : un appareil en forme de grenouille bien décidée à devenir la meilleure copine numérique de la fillette. Voilà donc le nouveau duel : plus jouet contre jouet, mais jouet contre Tech, un adversaire que la saga n’avait jamais eu à affronter, et qui change clairement les règles du jeu.

Sauf que Pixar ne tombe pas dans le piège facile du “les écrans c’est le mal, retournez jouer aux billes”. Le studio refuse de diaboliser la tablette. Un choix culotté qui aurait pu virer à la leçon de morale, mais qui préfère se mêler à des sujets bien plus retors : la place de l’enfance qui rétrécit, le sentiment d’abandon (toujours latent depuis le traumatisme de Jessie dans le 2), la difficulté à se faire des amis, et même la complexité du harcèlement entre enfants. Un sacré trésor de réflexions pour un film qui, sur l’affiche, ressemble pourtant à un gentil dessin animé pour enfants.

Ironie du sort : un studio qui a déjà inventé des mondes entiers – une planète Terre désertée dans Wall-E, un au-delà flamboyant dans Coco – doit aujourd’hui composer avec une tablette-grenouille pour faire pleurer ses spectateurs. La Tech a du chemin à faire avant de rattraper l’imagination de Pixar, et c’est peut-être bien là tout le sujet du film.

Au cœur de Toy Story 5 se trouve Bonnie, une fillette qui galère à se faire des amies. Alors ses parents lui offrent Lilypad, une tablette en forme de grenouille censée tout arranger. Sauf que l’arrivée de la belle numérique bouleverse l’équilibre d’un clan de jouets jusque-là plutôt tranquille, et c’est Jessie, plus que jamais, qui va devoir mener la charge.
Ce qui rend la cowgirl si attachante, c’est précisément qu’elle ne cherche jamais rien pour elle-même. Lumineuse, le cœur toujours plus gros que ses bottes, elle porte en elle la cicatrice d’un abandon jamais vraiment refermé, et c’est peut-être bien ce qui la rend si déterminée à ne laisser personne d’autre vivre la même chose. Elle est celle qui ne lâche jamais le lasso, même quand tout autour d’elle semble vouloir filer vers les écrans.

Pour cette shérif qui ne vit que pour rassembler sa troupe, humains et jouets confondus, on imaginera des cowgirl cookies qui reviennent aux sources. Une bombe de sucre, d’amour et d’étoiles, pensée pour ce jouet qui n’a jamais eu qu’une idée en tête : réunir tout le monde.

On ne va pas y aller par quatre chemins : je suis sortie de la salle de Toy Story 5 très émue. Encore. Toujours. Alors que je m’attendais, au mieux, à une suite sympathique pour faire tourner le tiroir-caisse, Pixar parvient une fois de plus à me cueillir au cœur, et c’est bien là tout le miracle de cette saga increvable.
Le coup de génie, c’est Jessie. En laissant la cowgirl prendre les commandes, le film trouve une énergie et une fraîcheur qu’on n’attendait plus, après un quatrième volet plus tiède. Elle devient le véritable moteur émotionnel de l’aventure, celle qui porte le poids du récit sur ses épaules de chiffon sans jamais flancher. Et autour d’elle, toute une troupe de nouveaux personnages, gadgets désuets, animaux improbables, Buzz Lightyear en goguette intersidérale, viennent enrichir un univers qui continue, étonnamment, de trouver de nouvelles idées là où on pensait le filon épuisé.
Mais ce qui frappe le plus, c’est cette manière dont Pixar continue de regarder l’enfance droit dans les yeux, sans filtre ni mièvrerie. La scène de deux petites filles qui voudraient être amies mais ne savent pas comment s’y prendre, paralysées par leur manque de confiance, suffit à elle seule à me rappeler pourquoi ce studio compte encore. Ce n’est pas grand-chose sur le papier. À l’écran, ça suffit à me mettre à terre.
Le troisième acte, lui, est un joli choc, visuellement somptueux, émotionnellement dévastateur, de ceux qui vous laissent dans un état de décomposition totale au moment du générique. Le message sur l’importance des liens humains face aux écrans est asséné avec force, sans jamais transformer les enfants accros aux tablettes en cas sociaux. Juste de la justesse, encore et toujours.

Alors oui, le rythme met un peu de temps à trouver sa cadence, et le dispositif n’a plus rien de révolutionnaire. Mais qu’importe : ce Toy Story 5 prouve, une fois de plus, que Pixar – et Andrew Stanton – sait encore comment me prendre par la main, et me briser le cœur en chemin. Sortez les mouchoirs, rangez les tablettes, et préparez vos cowgirl cookies : la bande à Jessie n’a pas fini de nous rassembler.

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