
Le mois de mai est souvent porteur de belles nouvelles, et parmi elle, le lancement d’un certain bal du 7ème art ! Dans quelques jours, Le Festival de Cannes ouvrira les portes pour sa 79ème édition, et cette année, c’est Thelma et Louise qui illumine l’affiche officielle. Un choix fort, presque évident, pour un film qui n’a jamais vraiment quitté nos consciences depuis sa sortie en 1991. Deux amies, une Ford Thunderbird décapotable vert amande, le vent chaud du désert de l’Utah dans les cheveux, et en toile de fond, une Amérique qui préférerait qu’elles restent bien sagement à leur place.
L’occasion est trop belle pour ne pas replonger dans ce road-movie mythique signé Ridley Scott. Alors installez-vous confortablement en direction l’Arkansas. Et bien au-delà.
En route pour le popcorn d’un film du passé, toujours d’actualité.
À sa sortie dans les salles obscures en 1991, Thelma et Louise ne fait pas l’unanimité. Les critiques sont tranchées, une partie de la presse – et du public masculin – crie au scandale. On accuse le film d’être misandre et trop radical. Pourtant, le box-office raconte une tout autre histoire : le film cartonne. Susan Sarandon et Geena Davis font la une du Times Magazine, non pas en tant qu’actrices, mais en tant que Thelma et Louise, comme si leurs personnages avaient pris leur propre vie. Ce seul détail dit tout de l’impact culturel immédiat du film.
Sous ses allures de road-movie ensoleillé, le film brasse des thématiques d’une densité rare : violences conjugales, viol et culture du silence, émancipation, sororité comme acte de résistance, rapport au corps et à la liberté. Le tout enveloppé dans la grâce des paysages de l’Ouest américain, avec une photographie somptueuse et une bande-son qui donne envie de tout larguer. Ridley Scott y livre l’une de ses œuvres les plus personnelles. Lui qui avait déjà, avec Alien en 1979, osé faire d’un héros d’action une héroïne, quand personne dans Hollywood ne le faisait encore. Avec Thelma et Louise, il réitère ce geste, mais dans un registre ancré dans le réel, et c’est peut-être plus fort encore.

Arkansas, début des années 90. Thelma étouffe chez elle, Louise sert des cafés en portant ses propres cicatrices. Un week-end ensemble, c’est tout ce qu’elles voulaient. Ce sera bien davantage.
Au début du film, Thelma est maladroite, émerveillée par tout. Elle est de ces femmes qu’on a appris à rapetisser, et qui ont fini par le croire. Mais au fil des kilomètres, quelque chose se lézarde, puis s’effondre, puis se reconstruit autrement. Son ingénuité désarmante cède peu à peu la place à une femme qui prend sa vie (et les armes) en main, avec une assurance qu’elle ne se soupçonnait pas. C’est cette transformation qui rend son personnage inoubliable : on ne regarde pas la même femme au début et à la fin.
Pour Thelma, on imaginera un Tequila Sunrise. Parce que ce cocktail lui ressemble : solaire en surface, avec cette grenadine qui fond doucement dans l’orange comme un coucher de soleil sur le désert, mais portant en lui quelque chose de plus ardent : la tequila qui brûle un peu en descendant. Le Sunrise pour sa joie de vivre immédiate, son envie de danser et de mordre dans l’instant présent. Le Sunrise pour la lumière qui bascule, les couleurs qui s’intensifient. L’arc de son personnage tout entier tient dans ce dégradé : de l’aube un peu naïve à la chute flamboyante.

Le Tequila Sunrise de celle qui s’éveille
40ml de tequila
10ml de grenadine
Le jus filtré de 2 oranges et demi
Une poignée de glaçons
Remplissez votre verre de glaçons, ajoutez votre tequila. Complétez par le jus d’orange avant de verser votre grenadine. Agrémentez d’une cerise amarena et d’une tranche de citron vert pour le plaisir sucré et l’acidité.
Thelma et Louise est paradoxalement l’un des films les moins commentés pour ses qualités artistiques, comme si le propos avait fini par éclipser le cinéaste. Pourtant, derrière le manifeste, il y a un vrai savoir-faire : une mise en scène qui épouse autant les grands espaces que les visages, une photographie qui fait des paysages de l’Utah un personnage à part entière, et deux actrices, Davis et Sarandon, dont la complémentarité tient du miracle. L’une excessive et solaire, l’autre contenue et rocailleuse : ensemble, elles portent le film sans jamais forcer.
On pourra noter que certaines scènes portent la marque de leur époque, et que le film, dans sa façon de traiter la violence, marche parfois sur un fil. Mais c’est précisément ce fil qui le rend intéressant, et qui explique qu’il continue de faire débat.
Sa fin reste l’une des conclusions les plus justes du cinéma américain : arrêt sur image, fondu au blanc, et la question laissée en suspens de savoir si c’est une victoire ou une défaite. Probablement les deux.

À (re)découvrir : Un extrait de Thelma et Louise, ou la nouvelle vocation de Thelma (2min)